Jusqu'à quel âge peut-on devenir professeur de yoga ?

Oct 14 / Mila RIVAULT
Françoise est sophrologue. Après une carrière à l'hôpital, elle reçoit désormais quelques personnes en cabinet, et la retraite lui a rendu du temps. Ce temps, elle ne veut pas le laisser filer. Elle veut rester utile, transmettre autrement, trouver un second souffle qui ait du sens. (Françoise est un prénom d'emprunt : c'est un portrait composé de plusieurs sophrologues que j'ai croisées.)
Un soir, l'idée du yoga s'invite. Elle tape dans son moteur de recherche : jusqu'à quel âge peut-on devenir professeur de yoga ? Et avant même que la page s'affiche, une deuxième question arrive, plus discrète : à mon âge, avec mon corps, est-ce vraiment raisonnable ?
Si tu te reconnais dans cette scène, cet article est pour toi.

Se former au yoga à la retraite : d'abord, l'envie de rester utile

Je commence par là, parce que tout commence là. Quand on arrive à l'âge de la retraite, on ne cherche pas seulement une activité pour occuper ses journées. Pendant des années, ton rôle a été clair : servir les autres, dans une entreprise, dans un hôpital, auprès de tes clientes en séance de sophrologie. Et d'un coup, le cadre disparaît. Il faut se réinventer.
Cette envie de rester utile n'est pas un caprice. C'est une énergie qui cherche où se poser, et ce serait dommage de ne pas l'écouter. C'est un moment que je connais bien chez les sophrologues que je forme. A cette envie s'ajoute également l'idée de se faire plaisir également. Souvent, ces sophrologues pratiquent depuis un moment le yoga. 
Ce dernier s'invite souvent à cet endroit, parce qu'il parle au corps autant qu'à la tête, et qu'il prolonge naturellement ce que tu sais déjà faire en sophrologie. Puis le doute arrive, juste derrière : est-ce encore possible pour moi ?
Tu n'as pas à choisir entre ce que tu as été et ce que tu deviens. Ta sensibilité de sophrologue, ton écoute, ta façon d'accueillir une personne, tout cela reste. Le yoga s'y ajoute. C'est d'ailleurs ce qui rend l'alliance des deux si naturelle : tu ne repars pas de zéro, tu élargis ce que tu sais déjà faire.

Jusqu'à quel âge peut-on devenir professeur de yoga ? La vraie question est ailleurs

Depuis 2019, je forme des sophrologues à intégrer le yoga dans leur pratique. Parmi elles, plusieurs étaient déjà à la retraite quand elles ont sauté le pas et suivi la formation. Je ne vais donc pas te citer un âge limite, parce que ce que j'observe me dit que la question n'est pas là.
Ni l'âge ni le corps ne ferment la porte, à une condition : que le yoga qu'on t'enseigne soit adapté à ta condition physique. La bonne question n'est pas « ai-je encore l'âge ? », c'est « le yoga proposé dans cette formation est-il adapté à mon corps ? ». Quand tu te demandes s'il est raisonnable de te former au yoga après 50 ans, voilà celle que je te conseille de poser à l'école, et d'attendre une vraie réponse.
Le yoga est vaste, et chaque école met l'accent sur autre chose. Certaines approches demandent beaucoup de souplesse, d'autres sont plus douces. Aucune n'est en faute : elles ne s'adressent simplement pas toutes aux mêmes corps. C'est pourquoi la question posée à l'école compte bien plus que ta date de naissance.
Dans la formation que je propose, nous utilisons des postures très simples, et surtout une vraie sensibilité à les adapter à chaque condition physique. Pour que chacune se sente bien dans ce qu'elle fait.
Si tu te demandes en plus si tu peux te lancer sans expérience de yoga, j'ai répondu à cette question dans un autre article du blog.

Un yoga adapté, qu'est-ce que cela veut dire concrètement ?

Prenons un exemple que je rencontre souvent : une personne qui souffre de sciatique.
En hatha yoga, deux postures classiques sont uttanasana, la flexion debout vers l'avant, et paschimottanasana, la flexion assise, jambes allongées devant soi. Dans les deux, on a tendance à tendre les jambes. Chez une personne en période de crise, tendre les jambes excessivement pourrait aggraver la douleur. Alors on ne tend pas. Les genoux restent un peu fléchis, on ajoute un support si besoin, et tout cela se décide au cas par cas.
Quand la douleur est vive, on peut même laisser ces flexions de côté et proposer de petits exercices allongé sur le dos : les jambes fléchies, les pieds posés au sol, ou les mollets posés sur une chaise ou sur un coussin. Le poids des jambes est ainsi déchargé, et le nerf sciatique n'est pas sollicité davantage.
Ce « cas par cas » est le cœur de l'adaptation. On ne cherche pas la belle posture, on cherche celle qui convient à cette personne, ce jour-là. Et on apprend à lui poser la bonne question, sur un mouvement précis : qu'as-tu senti dans ton corps ?
Cette attention, la sophrologie t'a déjà appris à la porter : observer, demander, ajuster. Tu ne découvres pas une nouvelle manière d'accompagner, tu mets ton écoute au service d'un mouvement. C'est ce qui rend l'adaptation accessible à une sophrologue, même si elle n'a jamais enseigné le yoga.
La même logique vaut pour les vertiges, les genoux fragiles, les problèmes de hanche, ou pour une personne qui sort d'un cancer. Adapter n'est pas soigner : en cas de douleur ou de maladie, l'avis du médecin passe d'abord, et le yoga vient ensuite, à la mesure de ce qu'il autorise.

Ce que tu pourras proposer à tes propres élèves

Il y a un bénéfice que l'on oublie souvent. Quand tu apprends ces adaptations pour toi, tu apprends aussi ce que tu pourras proposer à tes clientes. Une cliente qui arrive en séance de sophrologie avec une sciatique, et que tu sais maintenant accompagner avec quelques mouvements simples, c'est une façon très concrète de rester utile.
Tu sais quoi lui conseiller, quoi lui éviter, et tu n'improvises plus. Ce que tu apprends pour ton propre corps devient une ressource pour celui des autres, et c'est exactement le genre d'utilité que l'on cherche à la retraite.
Et cela vaut que tu choisisses ensuite d'enseigner le yoga ou simplement de l'intégrer, avec prudence, à ta pratique de sophrologue : dans les deux cas, ce que tu auras compris des adaptations te suit partout.

Se former pour soi, pour transmettre, ou pour les deux

Rien ne t'oblige à enseigner. Certaines se forment d'abord pour elles, pour habiter autrement leur corps. D'autres ont envie de transmettre, dans leur cabinet, ou dans un cours de yoga. Pour certaines, cela peut devenir un complément de revenu, mais je ne te promets aucun chiffre : cela dépend de ce que tu construis et du rythme que tu choisis.
Il n'y a pas d'urgence non plus. Tu peux prendre le temps de lire, de te renseigner, de poser tes questions avant de t'engager, et de te demander ce que tu veux vraiment construire avec ce second souffle.
Ce qui compte, c'est de ne pas te refuser l'élan par avance. Tu as le droit de te poser la question, et le droit d'y répondre oui.

Et maintenant ?

Si cette envie te travaille, commence doucement. J'ai réuni dix repères pour savoir si et comment te lancer dans mon guide « Allier le yoga et la sophrologie: 10 conseils avant de se lancer."   

Présentation de l'autrice

Mila Rivault est ancienne journaliste, sophrologue certifiée RNCP en 2018 et professeure de yoga (500 h RYT, Yoga Alliance). Elle enseigne le yoga depuis près de 20 ans et le pratique depuis près de 30. Depuis 2019, elle forme des sophrologues à intégrer le yoga dans leur pratique, en sécurité, grâce à la méthode YOGAsophro® qu'elle a créée. Elle est l'autrice de « Stress post-traumatique, les solutions naturelles » aux Éditions Leduc. Pour mieux la connaître, rendez-vous sur sa page de présentation.
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