On croit qu'il faut déjà savoir faire la posture sur la tête
Françoise fait défiler son téléphone, un soir, entre deux clientes. Une professeure de yoga tient tout son corps en équilibre sur les mains, jambes croisées, genoux calés contre l'arrière des bras, regard fixe et sourire imperturbable — la posture demande surtout de la concentration et de l'équilibre, avant même la force. Légende : « Sept ans de pratique quotidienne. »
Françoise ferme l'application. Elle est sophrologue depuis quinze ans. Elle n'a jamais posé un genou sur un tapis de yoga de sa vie. Et elle vient de refermer, en même temps que son téléphone, une idée qui commençait tout juste à germer : et si elle proposait un peu de mouvement dans ses séances de sophrologie ?
Peut-être que toi aussi, tu as déjà fait ce geste-là. Fermer l'appli, fermer l'idée, en même temps.
C'est la première chose que je dis à une consœur qui hésite : ce que tu viens de voir défiler n'a rien à voir avec ce qu'on te demande. Personne ne te demande de tenir le corbeau. On te demande d'apprendre à structurer un enchaînement simple, adapté, sécurisé — et ça, ça s'apprend, à n'importe quel âge, avec n'importe quel corps.
J'ai vu défiler des dizaines de sophrologues sur ce chemin, dans la formation que j'anime. Certaines pratiquaient déjà le yoga depuis longtemps. D'autres, comme Françoise, n'avaient jamais déroulé un tapis. Les secondes ne mettent pas plus de temps que les premières à trouver leur légitimité. Elles empruntent juste un chemin différent : elles apprennent le geste et la pédagogie du geste en même temps, sans avoir à désapprendre de vieilles habitudes.
La légitimité ne vient pas du niveau en posture. Elle vient de la compétence à transmettre en sécurité ce que l'on maîtrise. Une sophrologue qui sait guider une respiration en pleine conscience sait déjà l'essentiel de ce que demande l'alliance du yoga et de la sophrologie : accompagner quelqu'un, pas à pas, vers une sensation qu'il ne connaît pas encore.
Alors la question n'est pas : suis-je capable de tenir cette posture. La question est : qu'est-ce que j'ai envie de faire vivre à mes sophronisant·es, que le silence seul ne fait plus vivre ?
Françoise a rouvert l'application, ce soir-là. Pas pour regarder d'autres postures. Pour chercher, cette fois, ce qu'il lui faudrait vraiment apprendre.
Les dix premières questions qu'on se pose avant de se lancer — dont celle-ci — sont rassemblées dans un guide court, écrit comme une conversation entre consœurs. Tu peux le télécharger ici.
Ancienne journaliste, Mila Rivault forme depuis sept ans des sophrologues à la méthode YOGAsophro®, l'alliance du yoga et de la sophrologie qu'elle a créée. Sophrologue certifiée RNCP en 2018, elle enseigne le yoga depuis maintenant presque vingt ans, certifiée 500h RYT Yoga Alliance. Elle est également l'autrice de Stress post-traumatique, les solutions naturelles (Éditions Leduc).
